CLIN D'OEIL NATURE

Les incroyables aventures d’une famille Pic noir

Les incroyables aventures d’une famille Pic noir

En le voyant au premier abord, on pourrait comparer ce drôle d’oiseau à un personnage de dessin animé : Woody Woodpecker ! En effet, son nom anglais est « Black Woodpecker » , une étrange coïncidence…

J’ai eu la chance de rencontrer cette sublime créature en forêt, dans l’Orléanais, et de suivre ses aventures avec 2 de mes amis, durant une bonne partie de la saison printanière. Cette incroyable rencontre est survenue un jour, début avril, alors qu’une de mes amies était en balade, entendant des chants assez farfelus (car, oui, celui du Pic noir est assez atypique) puis ayant la chance de le voir tambouriner. Ni une, ni deux, je me suis joins à elle, avec un ami photographe, quelques jours plus tard, pour aller l’observer. Par ailleurs, je tiens à te remercier, Patrice Louis, pour tes clichés et mini-films que tu m’as autorisée à republier ici. Sans toi, le récit aurait été moins vivant !

N.B. : Je tiens à préciser qu’habituellement, ce sont les photos de mon papa que vous retrouvez sur le blog. Ce cas-là est exceptionnel, mon papa ne disposant pas de photos de pic noir, cette espèce n’étant pas facile à repérer (nous reverrons ce point un peu plus loin dans l’article).

C’est alors que commença une toute nouvelle série, comme à la télévision, mais en pleine nature : celle de monsieur, madame et, plus tard, des enfants Pics noirs. Car oui, le Printemps a tout de même été un des meilleurs moments pour les contempler pendant de nombreuses heures.

Nous avons pu suivre la construction du nid….

Il faut savoir que le Pic noir est « le plus grand des pics » , selon oiseaux.net. Il pourrait atteindre une envergure de 68 cm, d’après l’Inventaire National du Patrimoine Naturel (INPN) et même jusqu’à 73 cm selon le Guide ornitho. Bon, mettons-nous d’accord : c’est un grand et bel oiseau !

Ainsi, il va creuser, plutôt dans des arbres d’une circonférence assez large, un nid, aussi appelé « loge ». Ici, la loge a été construite dans un vieux platane. En effet, le Pic noir apprécie les vieilles forêts de feuillus, mais aussi de conifères, notamment en montagne. Voici toutes les zones où le Pic noir pourrait vivre (extrait des Cahiers d’habitat) :

  • Hêtraies (Forêts majoritairement composées de Hêtres)
  • Hêtraies atlantiques mélangées au Houx ou à l’If
  • Chênaies pédonculées ou chênaies-charmaies (mélange de Chênes principalement, accompagnés de Charmes)
  • Forêts alluviales à Aulnes glutineux et Frênes communs
  • Forêts mixtes à Chênes, Ormes, Frênes
  • Forêts alpines à Epicéas et/ou Pins cembro / Mélèzes communs
  • Forêts montagnardes à Pins à crochets

L’espèce est mentionnée rare en Provence, Languedoc, Pyrénées, Jura, Haute-Loire
et Allier dans les écrits du 19ème siècle (Dubois et al., 2000)

Source : Pascal et al., 2003 – Évolution holocène de la faune de Vertébrés de France : invasions et disparitions.

Bien que mentionnée comme espèce « rare » au courant des derniers siècles, il est apparu que la zone d’habitat du Pic noir étant d’abord majoritaire en montagne, s’est élargie aux plaines, assez tardivement : à partir des années 1950. On parle aujourd’hui d’une espèce « protégée », inscrite à ce titre « à l’annexe I de la Directive Oiseaux [et] à l’annexe II de la Convention de Berne (Dubois et al., 2000) », d’après le rapport ci-dessus.

Ces rapports et études pourraient laisser penser que le Pic noir est facilement observable lors d’une balade en forêt… Cela laisse, en pratique, tout autre scénario. Malgré mes sept années d’expérience ornithologique, autant seule, qu’avec ma famille, mes amis, ou des naturalistes de longue date, je n’ai eu l’occasion que de le rencontrer à quelques moments de ma vie. C’est effectivement un oiseau très farouche, qui se repère assez facilement à son chant et à son tambourinage très sonore, mais qui, visuellement, ne sera pas toujours évident à voir.

Il est alors astucieux de s’intéresser à son éthologie (science du comportement de cette espèce dans son milieu naturel). Le saviez-vous ? Le Pic noir fait partie de la grande famille des Piciformes, de même que les Toucans ! Ce sont des oiseaux arboricoles avec une grande langue et un bec caractéristique, en forme de ciseau à bois. Les doigts de leurs pattes sont adaptés pour grimper facilement aux arbres. Ainsi, le Pic noir va chercher, de préférence dans les arbres morts (très souvent constaté lors de mes observations : plutôt sur des écorces au sol), quelques fourmis, coléoptères et leurs larves, et des insectes. Il a un véritable rôle écologique car, « en déchiquetant bois et écorces, il accélère leur transformation en humus », d’après les cahiers d’habitat. Le bois mort a donc ici tout son intérêt pour le Pic noir, et inversement, pour la « résilience écologique des forêts » (source : Wikimonde).

Comme tous les pics, le Pic noir a sans doute beaucoup souffert au xxe siècle de la raréfaction des bois morts et arbres sénescents en forêt. Le monitoring de la «  Station ornithologique suisse » a montré que la restauration de la quantité et qualité des bois morts et sénescents (suivi par l’Inventaire forestier national suisse) a permis une nette augmentation des populations reproductrices des espèces forestières dépendante de plusieurs types de bois mort (pic noir, mais aussi Pic épeiche, Pic mar, Pic épeichette, Pic vert, Pic tridactyle ainsi que Mésange huppée, Mésange boréale et Grimpereau des bois) de 1990 à 2008, bien que, dans une certaine mesure, ces données soient variables selon les espèces.

Source : Pic noir – Wikimonde : Etat des populations, pressions et menaces.

Comme le montrent plusieurs autres sources (La Salamandre, Sciences et Avenir, Marc Albrecht…), on pourrait appeler cet oiseau l’architecte ou l’ingénieur de la forêt !

Passons maintenant à la 2ème partie. Après avoir engagé une sublime parade nuptiale auprès de Madame Pic noir, longuement creusé et assuré conjointement la couvaison durant environ quinze jours, voici venus 2 enfants :

Ces photographies nous permettent de revenir sur un point : la différence entre mâles et femelles. Vous remarquerez que la calotte est garnie plus ou moins longuement de rouge : presque jusqu’au bec pour le mâle (photo de droite) et uniquement sur le milieu de la tête, à partir des yeux, pour la femelle (photo de gauche).

L’espèce étant principalement monogame et sédentaire, elle peut être fidèle durant plusieurs années à son nid. Nous pourrons certainement nous retrouver sur cet article l’année prochaine avec une mise à jour, j’espère !

Bon à savoir aussi : mâles et femelles peuvent se reproduire dès l’âge d’1 an. Dans le cas où le nid ne serait pas repris par les Pics noirs, d’autres oiseaux, petits mammifères ou mêmes insectes pourraient profiter de ce nid douillet déjà préconstruit…

Pigeon colombin, Chouette de Tengmalm Aegolius funereus, Chouette hulotte Strix aluco, Etourneau sansonnet Sturnus vulgaris, Sittelle torchepot Sitta europaea, Martre des pins Martes martes, Loir gris Glis glis, chauves-souris, frelons, abeilles. Au total, en 1988, pas moins de 49 espèces d’invertébrés et de vertébrés ont été signalées dans des nids ou ébauches creusés par le Pic noir.

Source : Cahiers d’Habitat « Oiseaux » – MEEDDAT- MNHN – Fiche projet.
Source : La Hulotte – N°83

D’après Marc Duquet, une autre étude, menée en Belgique, « a ainsi montré que 13 espèces utilisaient régulièrement celles du pic noir pour y élever leurs petits : le pigeon colombin est l’hôte le plus fréquent de ces cavités, suivi par le choucas des tours et la sittelle torchepot, puis par la chouette de Tengmalm, la chouette hulotte et le pic vert, plus rarement par l’étourneau sansonnet et la mésange charbonnière« .

Trêve de blabla, voici un extrait vidéo réalisé lors d’une de nos observations, mes 2 amis et moi, durant ce Printemps 2022 !

Avant de vous dire : « à dimanche prochain », je souhaitais préciser que les conditions d’observations du nid ont été faites sans dérangement, en affût, avec des vêtements sombres et à plus de 15 mètres. Les adultes autant que les enfants n’étaient pas gênés par notre présence et venaient même, pour ces premiers, nourrir les petits parfois toutes les 20 minutes. De plus, nous avons volontairement pas divulgué l’endroit de la couvaison.

Et je tenais aussi, à vous remercier chers lecteurs, car vous avez été plus de 10 000 par mois en moyenne à visiter mon blog, sur ces derniers mois. Un grand MERCI ! Et à dimanche prochain.

Sources inspirantes & Citations :

  • Mes propres observations du Pic noir.
  • Cahiers d’Habitat « Oiseaux » – MEEDDAT- MNHN – Fiche projet.
  • MNHN & OFB [Ed]. 2003-2022. Fiche de Dryocopus martius (Linnaeus, 1758). Inventaire national du patrimoine naturel (INPN). Site web : https://inpn.mnhn.fr/espece/cd_nom/3608 – Le 19 juin 2022.
  • Pascal M. & Vigne J.-D., 2003. Le Pic Noir : Dryocopus martius (Linné, 1758). Pages 241-242, in : Évolution holocène de la faune de Vertébrés de France : invasions et disparitions (M. Pascal, O. Lorvelec, J.-D. Vigne, P. Keith & P. Clergeau, coordonnateurs), Institut National de la Recherche Agronomique, Centre National de la Recherche Scientifique, Muséum National d’Histoire Naturelle (381 pages). Rapport au Ministère de l’Écologie et du Développement Durable (Direction de la Nature et des Paysages), Paris, France. Version définitive du 10 juillet 2003.
  • Wikimonde : Pic noir : Etat des populations, pressions et menaces.
  • Eléments de bibliographie sur le Pic noir – n° 83 de la Hulotte – (octobre 2003);
  • oiseaux.net : Fiche sur le Pic noir, description/identification – Didier Collin, Daniel Le-Dantec. Créée en 2002 et mise à jour en 2017.
  • Sexe et séduction chez les oiseaux : Marc Duquet.
  • Le guide ornitho. Delachaux et Niestlé. L. Svensson, K. Mullarney, D. Zetterström.

Plume de nature.

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By Plume de nature

Passionnée par la nature depuis toute petite, je partage avec vous, sur ce blog, mes plus belles découvertes ornithologiques. Afin de vous aider à reconnaître facilement les oiseaux, j'organise aussi des sorties et stages dans l'Orléanais !

2 comments

  1. Bravo Angélique pour cette publication très détaillée sur ces magnifiques oiseaux.
    Que de bons souvenirs reviennent en te lisant et aussi quelques douleurs dans le bas du dos. Ah ah ah.
    Une émouvante expérience, qui avec un peu de chance, se reproduira l’année prochaine.

    1. Merci Patrice 🙂 C’était un vrai plaisir de raconter l’histoire du majestueux Pic noir.
      Oh oui, ah ah ! En espérant également reproduire cette aventure l’année prochaine !

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